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Veut-on s'assurer que les herbes et les fruits peuvent faire connaître la qualité du terrain qui les produit ? On le peut facilement, par les remarques faites sur les terres qui, en Crète, avoisinent le Pothérée, rivière qui coule entre deux villes de cette île, Gnossus et Gortyne.
A droite et à gauche paissent des troupeaux ; ceux qui paissent près de Gnossus ont une rate ; mais on ne rencontre point de viscère chez ceux qui se trouvent de l'autre côté, près de Gortyne. Les médecins ont cherché la cause de cette singularité, et ont trouvé dans cet endroit une herbe qui a la vertu de diminuer la rate des animaux qui la broutent.
Ils ont cueilli cette herbe et en ont fait un médicament pour guérir les personnes affectées de splénite. Les Crétois l'appellent �splhnon.
Cet exemple fait voir que la nourriture et la boisson peuvent faire apprécier la qualité bonne ou mauvaise des terrains. Si une ville a été bâtie dans des marais, et que ces marais s'étendent sur le bord de la mer ; si, par rapport à la ville, ils se trouvent au septentrion, ou entre le septentrion et l'orient, et qu'ils soient élevés au-dessus du niveau de la mer, elle me paraîtra raisonnablement située : car les canaux qu'on peut y pratiquer, tout en permettant l'écoulement des eaux vers le rivage, ne laissent pas, lorsque la mer est grossie par la tempête, de livrer passage aux vagues que l'agitation des flots y précipite ; et ces eaux salées venant à se mêler à celles des marais, empêchent de naître les animaux qui s'y produisent, et ceux qui des parties supérieures descendent en nageant tout auprès du rivage, y trouvent la mort au milieu des matières salines contraires à leur nature.
Nous en avons un exemple dans les marais qui entourent Altinum, Ravenne et Aquilée, et dans d'autres municipes de la Gaule, où le voisinage des marais n'empêche pas que l'air ne soit merveilleusement sain.
Mais quand les eaux des marais sont stagnantes, sans avoir pour s'écouler ni rivière ni canal, comme dans les marais Pontins, elles croupissent par leur immobilité, et exhalent des vapeurs morbifiques et contagieuses. L'ancienne ville de Salapia, fondée, dans l'Apulie par Diomède, à son retour de la guerre de Troie, ou, selon quelques écrivains, par Elphias de Rhodes, avait été bâtie dans un endroit de cette nature.
Les habitants, voyant qu'ils étaient chaque année frappés de maladies, se rendirent un jour auprès de M. Hostilius, et le prièrent tous de leur chercher, de leur choisir un lieu propre à recevoir leurs pénates.
Il y consentit, et se mit sur-le-champ à examiner avec intelligence et sagesse, un lieu près de la mer, qu'il acheta, après en avoir reconnu la salubrité. Avec l'autorisation du sénat et du peuple romain, il y jeta les fondements de la nouvelle ville, y éleva des murailles, traça l'emplacement des maisons et il donna la propriété aux habitants, en faisant payer à chacun d'eux un sesterce seulement.
Il fit ensuite communiquer avec la mer un lac voisin dont il fil un port pour la ville, de sorte que les Salapiens habitent aujourd'hui un endroit fort sain, à quatre milles de leur ancienne ville.